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Comprendre le modèle DISCParlons de votre prochain défi

Encadrer une équipe

Team building avec le DISC : ce qui reste après la séance

Bloc de papillons adhésifs multicolores et un stylo posé dessus

Une équipe qui passe une journée ensemble autour d’un modèle comportemental en ressort presque toujours contente. La vraie question arrive plus tard : trois semaines après, que reste-t-il ? Des affiches au mur et une anecdote, ou une manière de travailler qui a changé sur deux ou trois points précis ? C’est l’angle de cet article. Il ne décrit pas les quatre profils en détail et ne détaille pas non plus l’usage du modèle en tête-à-tête ; il s’intéresse au collectif, à ce qu’une restitution de groupe produit, à ce qu’elle ne produit pas, et à ce qu’il faut poser pendant la séance pour qu’il en subsiste quelque chose.

Le DISC, en deux minutes

Le DISC décrit des préférences de comportement à partir de quatre dimensions : la Dominance, tournée vers le résultat et la décision rapide ; l’Influence, qui cherche l’adhésion du groupe et pense souvent à voix haute ; la Stabilité, attachée à un rythme régulier et aux repères qui tiennent ; la Conformité (nommée Conscience chez certains éditeurs), qui demande des critères et des données. Le détail se trouve sur la page consacrée au modèle DISC ; pour une séance d’équipe, ce niveau de rappel suffit largement.

Un mot sur l’origine, parce qu’elle est souvent racontée de travers. Le psychologue américain William Moulton Marston (1893-1947) publie en 1928 un ouvrage, Emotions of Normal People, où il propose quatre grandes manières de réagir à son environnement. Il s’arrête là : il n’a jamais construit de questionnaire, ni imaginé de code couleur. Les premiers instruments apparaissent dans les années 1940 avec les travaux de Walter Clarke, la forme à choix forcé se répand dans les années 1950, et les couleurs sont ajoutées bien plus tard par des éditeurs, pour rendre la restitution plus lisible. Le DISC ne descend pas des travaux de Jung — cette filiation appartient à un autre modèle.

Cette histoire a une conséquence pratique pour un animateur : il existe non pas un DISC, mais une famille de questionnaires, avec des libellés et des palettes qui diffèrent d’un éditeur à l’autre. Les couleurs aident à mémoriser, elles ne sont pas le modèle. Et il faut le dire dès l’ouverture de la séance, avant que le raccourci ne s’installe : une personne n’est pas une couleur. Chacun porte les quatre dimensions à des degrés variables, et son profil décrit un dosage, pas une case. La page sur la façon de situer sa propre dominante revient sur cette lecture.

Pourquoi le DISC trouve sa place dans une séance d’équipe

Dans une équipe, la plupart des frictions ordinaires ne portent pas sur le fond du travail. Elles portent sur la manière : quelqu’un tranche trop tôt au goût d’un autre, quelqu’un veut vérifier une donnée de plus quand le reste du groupe voudrait avancer, quelqu’un parle beaucoup en réunion et laisse penser qu’il occupe l’espace, quelqu’un se tait et laisse penser qu’il n’adhère pas. Faute de mots pour décrire ces écarts, chacun les explique par le caractère de l’autre, voire par son intention.

Le DISC apporte précisément ces mots. Son intérêt en séance n’est pas de révéler des choses cachées, mais de rendre dicibles des choses connues de tous et que personne ne formule. « J’ai besoin du cadre avant de démarrer » n’est pas un reproche ; « je réfléchis mieux à voix haute » non plus. Ce vocabulaire est neutre, il est partagé par tout le monde au même moment, et il ne désigne ni coupable ni modèle à imiter.

Son deuxième intérêt tient à la symétrie. Dans une restitution de groupe, tout le monde passe par le même exercice, y compris le responsable de l’équipe. Personne n’est l’objet d’une analyse conduite par les autres : chacun parle de lui-même à partir de ce qu’il a rempli. Cette symétrie change la nature de la conversation, et elle explique pourquoi une séance DISC est souvent plus facile à tenir qu’une discussion frontale sur les tensions de l’équipe.

Son troisième intérêt est de fournir un support commun à des sujets qu’on aborde rarement à froid : la manière dont l’équipe prend ses décisions, la façon dont elle traite les désaccords, le rythme qu’elle s’impose. Le modèle sert alors de porte d’entrée, pas de conclusion.

Il faut toutefois être clair sur ce que cela suppose. Une séance de ce type demande que les participants acceptent de parler de leur façon de travailler. Dans une équipe où la confiance est entamée, où un conflit ouvert n’est pas traité, ou juste après une réorganisation mal annoncée, l’exercice tombe à plat, quand il ne sert pas de paravent. Le modèle ne répare pas une relation abîmée ; il donne des mots à des équipes qui peuvent encore se parler.

Comment se déroule une séance d’équipe autour du DISC

La préparation compte autant que la journée. Trois décisions se prennent en amont. La première : à quoi sert cette séance, concrètement, et qu’est-ce qui devra avoir changé ensuite. Une réponse vague — « améliorer la cohésion » — produit une journée agréable et sans suite. La deuxième : qui remplit le questionnaire, comment les résultats sont transmis, et à qui. La troisième : ce que l’équipe fera de ce qui aura été dit, c’est-à-dire le rendez-vous de suivi, fixé avant la séance et non après.

Vient ensuite une question de règle, et elle n’est pas négociable : le profil appartient à la personne qui l’a rempli. Chacun décide de ce qu’il partage. Un résultat n’est pas transmis au responsable hiérarchique sans l’accord de l’intéressé, ne rejoint aucun dossier d’évaluation et ne ressort pas six mois plus tard dans un entretien. Annoncer cette règle au début, et s’y tenir, conditionne la franchise de tout ce qui suivra.

La séance elle-même s’organise en général en quatre temps. On commence par une présentation du modèle, brève, qui pose les quatre dimensions et surtout les précautions d’usage. On passe ensuite à l’appropriation individuelle : chacun lit son profil, note ce qui lui parle et ce qui ne lui parle pas — cette part de désaccord est utile, elle rappelle qu’un questionnaire est une auto-description et non un verdict.

Le troisième temps est le cœur du dispositif : la mise en commun. L’équipe visualise la répartition de ses préférences, souvent sous la forme d’une carte où chacun se place s’il le souhaite. Deux constats émergent presque toujours. Une équipe n’est jamais également répartie sur les quatre dimensions, et ce déséquilibre a des conséquences visibles : une équipe fortement orientée vers l’action décide vite et documente peu ; une équipe fortement orientée vers l’analyse produit des dossiers solides et rate des fenêtres. Le second constat concerne les minorités : la personne seule de sa tendance dans un groupe découvre souvent, ce jour-là, que son inconfort n’est pas un défaut personnel.

Le quatrième temps est celui qu’on escamote le plus souvent, et c’est celui qui décide de tout : la traduction en règles de travail. Pas des intentions — des règles. Par exemple : on annonce l’ordre du jour et l’objectif de décision vingt-quatre heures avant une réunion ; on laisse un tour de table complet avant de conclure ; toute décision prise oralement est écrite dans la journée ; qui a besoin de données les demande explicitement au lieu de freiner en silence. Trois ou quatre règles suffisent. Elles sont écrites, visibles, et reprises au rendez-vous de suivi.

Quelques conditions matérielles pèsent plus qu’on ne le croit. Au-delà d’une quinzaine de personnes, la mise en commun se transforme en succession de présentations et perd son intérêt : mieux vaut scinder le groupe et prévoir un temps de restitution croisée. Une demi-journée suffit à poser le modèle, jamais à en tirer des règles ; la traduction demande un temps distinct, quitte à le placer deux semaines plus tard, quand les exemples réels sont revenus. Enfin, la présence de plusieurs niveaux hiérarchiques dans la même salle n’est pas neutre. Elle est possible, à condition que le responsable parle de lui en premier et accepte d’entendre ce que sa propre tendance produit sur le groupe.

Quant aux exercices, ils valent ce que vaut ce qui les suit. Un jeu de rôle où l’on prépare le même message pour quatre interlocuteurs différents, une relecture d’une réunion réelle récente, un travail sur un désaccord authentique et non fictif : ces formats fonctionnent parce qu’ils portent sur le travail de l’équipe. Un défi ludique sans rapport avec l’activité produit de la bonne humeur, ce qui n’est pas rien, mais ne laisse pas de règle derrière lui.

Ce qu’une restitution de groupe produit vraiment

Le premier effet est un langage commun, et il est durable si l’équipe le réemploie. Six mois plus tard, on reconnaît une équipe qui a fait ce travail à de petites phrases prononcées sans tension : « laisse-moi le temps de vérifier », « j’ai besoin de savoir qui est concerné », « on peut décider maintenant, je n’ai pas besoin de plus ». Ces phrases remplacent des interprétations, et c’est le gain principal.

Le deuxième effet est une conscience du déséquilibre collectif. Une équipe qui sait qu’elle penche vers l’action peut décider de se doter d’un garde-fou — un point de vérification systématique avant un engagement important — sans que cela vise quiconque. C’est un effet de lucidité sur le fonctionnement du groupe, pas sur les individus qui le composent.

Le troisième effet concerne la répartition de la parole. Les séances rendent visible qui occupe l’espace et qui ne l’occupe pas, et rendent légitime d’y remédier par des règles d’animation simples. Cet effet-là se prolonge dans le travail à distance, où les mêmes déséquilibres s’accentuent ; c’est un des points traités dans l’article consacré à la cohésion d’une équipe dispersée.

Le quatrième effet, plus discret, touche l’encadrement. Un responsable qui a vu la carte de son équipe ajuste ensuite ses gestes de tous les jours : la façon de confier une tâche, de relancer, de formuler un retour. Ce prolongement individuel est la suite naturelle de la séance et se travaille au fil des semaines, comme le décrit la page sur l’usage du modèle dans la relation de tous les jours.

Un cinquième effet apparaît à l’arrivée d’un nouveau venu. Une équipe qui dispose de ce vocabulaire lui explique en quelques minutes comment elle décide, ce qu’elle attend d’une réunion et sur quoi elle se crispe. Ce qui relevait auparavant d’un apprentissage implicite étalé sur des mois devient une conversation d’intégration, tenue le premier jour. Encore faut-il transmettre les règles adoptées, et non les étiquettes : un arrivant à qui l’on présente ses collègues par leur couleur hérite de préjugés avant d’avoir rencontré qui que ce soit, et mettra plus longtemps à se faire son propre avis.

Ce qu’une séance ne produit pas

Elle ne produit pas de cohésion par elle-même. Une équipe qui se comprend mieux n’est pas encore une équipe qui travaille mieux : il y faut des objectifs clairs, une charge tenable et un arbitrage quand les priorités se contredisent. Attendre d’une journée qu’elle règle un problème d’organisation, c’est demander au modèle ce qu’il ne sait pas faire.

Elle ne produit pas non plus de répartition des rôles. Rien dans un profil comportemental n’indique qui doit tenir tel poste ou piloter tel projet : le modèle ne mesure ni compétence, ni expérience, ni motivation. Distribuer les missions d’après les lettres revient à enfermer chacun dans sa tendance, et prive l’équipe de ce que les gens apprennent en sortant de leur zone habituelle.

Elle ne fournit aucun élément de décision sur les personnes. Un profil DISC ne trie personne : ni à l’embauche, ni au moment d’un avancement, ni pour appuyer un remaniement d’équipe. C’est un point de méthode, et c’est aussi une question de respect envers ceux qui ont rempli le questionnaire de bonne foi.

Elle ne remplace pas le traitement d’un conflit. Si deux personnes sont en désaccord profond sur le fond, les nommer par leurs préférences ne fera que déplacer la discussion. Pire, le vocabulaire du modèle peut devenir une arme commode — « c’est normal, il est comme ça » — qui clôt le sujet au lieu de l’ouvrir. Un animateur attentif coupe court à ce glissement dès la première occurrence, en ramenant la discussion sur les faits : ce qui a été dit, ce qui a été décidé, ce qui n’a pas été tenu. Le modèle éclaire la manière dont un désaccord s’exprime, il ne dit rien de qui a raison.

Enfin, elle ne dure pas toute seule. L’effet d’une séance s’estompe en quelques semaines si rien ne le reprend. Le rendez-vous de suivi, l’affichage des règles adoptées, leur rappel en ouverture de réunion : ce sont ces gestes modestes qui font la différence entre une journée réussie et un changement réel de manière de travailler.

Reste alors une conclusion raisonnable. Le DISC est un bon support de team building parce qu’il donne des mots neutres, qu’il met tout le monde sur le même plan et qu’il ouvre des sujets difficiles sans mise en accusation. Il n’est ni un diagnostic d’équipe, ni un outil de décision, ni une garantie de performance. Ce qui reste d’une séance, ce ne sont ni les affiches ni les couleurs : ce sont les deux ou trois règles que l’équipe a écrites et qu’elle applique encore le lundi suivant.

FAQ

Qu’est-ce que le DISC ?

C’est un modèle de lecture des comportements, organisé autour de quatre dimensions : Dominance, Influence, Stabilité et Conformité. Il décrit des préférences de fonctionnement observables, à partir d’un questionnaire d’auto-description. Il ne mesure ni aptitude, ni compétence, ni personnalité au sens clinique.

En quoi améliore-t-il le travail en équipe ?

Il fournit un vocabulaire partagé pour parler des différences de rythme et de méthode sans les transformer en reproches. Il rend visible le déséquilibre d’un groupe — plutôt tourné vers l’action ou plutôt vers l’analyse — et permet d’en tirer des règles de fonctionnement explicites.

Quelles sont les quatre dimensions du modèle ?

La dominance, qui va au résultat ; l’influence, qui persuade et entraîne ; la stabilité, qui recherche un cadre régulier ; la conformité, qui veut des données et de la précision. Chaque personne les porte toutes, à des degrés variables, et son profil en décrit le dosage.

Comment organiser un team building avec le DISC ?

En fixant d’abord ce qui devra avoir changé après la séance, en garantissant que chaque profil appartient à son auteur, puis en enchaînant quatre temps : rappel du modèle, lecture individuelle, mise en commun, traduction en règles de travail. Un rendez-vous de suivi est fixé dès le départ.

Quels bénéfices peut-on en attendre ?

Des échanges plus explicites sur la manière de travailler, moins d’interprétations d’intention, une conscience partagée des angles morts du groupe et quelques règles concrètes appliquées ensuite. Ce sont des effets de compréhension et de méthode, qu’aucune mesure de performance ne vient garantir.